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2012/09/09

Comment nos comportements en ligne révèlent notre santé mentale




Comment nos comportements en ligne révèlent notre santé mentale sur le site Scientific American
Pour re-ecouter l'ensemble de l'emission de Place de la Toile: Sur le Site de France Culture

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La lecture de la semaine “Comment nos comportements en ligne révèlent notre santé mentale ?”. L’article a été publié dans Scientific American (@sciam) sous la plume d’Adrian Ward et Piercarlo Valdesolo qui sont tous les deux chercheurs en psychologie.

“Considérez ces deux questions”, commencent les deux auteurs. “D’abord : qui êtes-vous ? Qu’est-ce qui vous différencie de vos pairs, en termes d’achat, de vêtements, de voitures ? Qu’est-ce qui, en termes de psychologie de surface vous rend unique ? La seconde question : comment utilisez-vous Internet ?”

“Ces deux questions, apparemment déconnectées, ont en fait des liens entre elles. Clairement, le contenu de vos usages numériques permet de dégager des caractéristiques psychologiques. Vous passez de nombreuses soirées à jouer beaucoup d’argent au poker ? Il y a des chances que vous aimiez prendre des risques. Vous aimez poster sur Youtube des vidéos de vous en train de faire un karaoké ? Vous êtes un extraverti. Mais qu’en est-il de la mécanique de vos usages numériques – la fréquence de vos correspondances par mail, de vos conversations par chat, de votre consommation de média en streaming, de vos pratiques multitâches ? Ces comportements – pris indépendamment du contenu – peuvent-ils donner une idée de certaines caractéristiques psychologiques ?” Une étude récente (.pdf) menée par une équipe de chercheurs en informatique, d’ingénieurs et de psychologues révèle que cela pourrait être le cas. Pour être plus précis, leurs conclusions montrent qu’une telle analyse pourrait prédire une caractéristique psychologique d’importance : la tendance à la dépression.

internetblues
Image : Graduate School Blues par ChiILLeica.

D’abord, l’équipe a demandé à 200 volontaires de remplir un questionnaire à propos de leurs “expériences affectives récentes” ; ce que ces volontaires ne savaient pas, c’est qu’un outil de mesure bien connu de la dépression était inclus dans ce questionnaire. Les chercheurs ont ensuite corrélé les scores de chacun avec leurs usages de l’Internet, en les regroupant en 3 catégories : “agrégat” qui indique la quantité d’information envoyée et reçue sur un réseau, “application”, qui indique la variété des programmes utilisés (mail, moteur de recherche, téléchargement…) et “entropie”, qui indique le degré de hasard dans le flux d’information (essentiellement, une mesure de la variété des sources par lesquelles arrivent les informations). Tout ceci ne tenant donc aucun compte des contenus reçus ou échangés ou des sites visités…

Il s’est avéré que des modèles très particuliers d’usage de l’Internet pouvaient être reliés à des tendances dépressives. Par exemple, l’échange de fichiers en pair-à-pair, l’écriture de mail ou le chat et une tendance à passer vite d’un site à l’autre ou d’une ressource l’autre annoncent tous une propension importante à ressentir les symptômes de la dépression. Même si les raisons exactes pour lesquelles ces comportements prédisent la dépression sont inconnues, chacun de ces comportements correspond à des recherches antérieures menées sur la dépression. Le fait de passer vite d’un site à l’autre serait symptomatique de l’anhédonie (une incapacité à ressentir des émotions), les gens cherchant désespérément une stimulation émotionnelle. De même manière, le fait de mailer et de chater excessivement signifierait un manque de relations physiques.

Selon les auteurs de l’article, ces données sont importantes pour plusieurs raisons. La dépression est dangereuse et très répandue (on estime que 10% des Américains sont en dépression). Mais surtout, la dépression est difficile à diagnostiquer. On estime que deux tiers des gens en dépression ne le savent pas et ne cherchent donc pas à se soigner, et même parmi ceux qui le soupçonnent, beaucoup refusent de l’admettre. Tout comme le suicide, la dépression échappe souvent au diagnostic si l’on s’en tient à l’auto-évaluation. Ainsi la psychologie clinique a-t-elle développé des manières d’évaluer les intentions suicidaires qui ne passent pas par l’auto-évaluation, mais par des méthodes dites implicites.

“Au vu des deux chercheurs, il s’agit du plus grand intérêt de cette étude reliant les usages numériques à la dépression : pouvoir trouver des preuves d’une tendance dépressive plus tôt, avant le diagnostic clinique, mais peut-être aussi avant que le malade lui-même ne s’en rende compte.”

L’intérêt de cet article, me semble-t-il, est moins sa thèse (il paraît assez évident que la dépression, ou toute autre affection psychologique se répercutent dans nos usages) que la conclusion : on pourrait, grâce à Internet, prédire la dépression. Enième preuve de cette tendance contemporaine à construire des modèles prédictifs à partir de données obtenues en ligne. Tendance pleine de bonne intention (prévenir la dépression, le crime, les épidémies…), mais qui laisse une impression toujours un peu désagréable.

Xavier de la Porte
“Xavier de la Porte (@xporte), producteur de l’émission Place de la Toile sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.
L’émission du 8 septembre 2012 était consacrée à la question du rôle des hackers dans le débat public avec Frédéric Bardeau (@fbardeau), web entrepreneur, et auteur avec Nicolas Danet d’Anonymous, pirates ou altermondialistes du numérique ? qui publiait récemment une tribune sur Reflets.info sur L’hacktivisme doit changer de posture, ainsi que Yovan Menkevick (@YovanMenkevick) et Bluetouff (@Bluetouff), membres de la rédaction de Reflets.info (@_reflets_).

2012/02/14

De quoi notre connexion permanente nous déconnecte-t-elle?

La lecture de la semaine est un article de la revue américaine The Atlantic, on la doit à Jason Farman, qui est professeur d’études américaines à l’Université de Maryland. L’article s’intitule : “Le mythe de la vie déconnectée”.




“La nouvelle année est aujourd’hui bien entamée et beaucoup de gens ont déjà abandonné leur résolution de se déconnecter plus souvent de leurs outils numériques et de se reconnecter avec les personnes et les lieux qui les entourent.”
Et Jason Farman d’énumérer les moments et événements qui ont symbolisé l’an dernier notre besoin de déconnexion : la vidéo d’une femme tombant dans une fontaine parce qu’elle écrit un texto en marchant, une campagne contre l’usage du téléphone portable en voiture, etc. Mais surtout deux livres qui ont été des best-sellers de l’année 2011 aux Etats-Unis Alone Together, le livre de Sherry Turkle (voir une lecture précédente et notre article sur le sujet) et Hamlet’s Blackberry, celui de William Powers.



“Powers est devenu depuis l’emblème d’un mouvement appelé le “shabbat numérique”", explique Farman. “Chaque vendredi soir, lui et sa famille déconnectent leurs ordinateurs de l’internet pour le week-end, dans le but d’endiguer le sentiment toujours grandissant de surcharge informative. Pour Powers, le sentiment “d’affairement numérique” qui vient avec la surcharge informative rend superficielles notre réflexion et nos relations. Depuis la publication de Hamlet’s Blackberry, beaucoup de gens ont suivi ce mouvement et ont banalisé une partie de leur semaine, pendant laquelle ils débranchent l’internet et s’éloignent de leurs téléphones portables, de leur mail et de leurs comptes Facebook. Pour les défenseurs de ce shabbat numérique, le téléphone portable est le symbole parfait de cette vie toujours connectée qui mène au final à la déconnexion et à la distraction. Il incarne la surcharge informationnelle nécessairement produite par un média auquel on est sans cesse rivé, il incarne la déconnexion à notre environnement immédiat.”

Il s’agit là, selon Jason Farman, d’arguments familiers qui sont déjà apparus, sous une forme ou une autre, dans l’histoire des médias. Platon expliquait que l’écriture nous interdisait une vraie présence, celle qui existe dans les interactions en face à face. Depuis, peu de média ou de technologies émergentes ont échappé à une critique les accusant de nous déconnecter des personnes et des lieux qui nous entourent. Le chercheur Erkki Huhtamo en donne un exemple particulièrement frappant : au tournant du 19e siècle, en Angleterre, des gens ont été à ce point immergés dans leur kaléidoscope qu’ils étaient complètement déconnectés du monde qui les entourait. On appelait cela la “kaléidoscopemania”. Les gens étaient à ce point “hypnotisés par ce qu’ils voyaient à l’intérieur de leur tube à image qu’ils ne remarquaient même pas que d’autres hommes courtisaient leurs compagnes derrière leur dos”.

Au siècle suivant, le vélo est tombé sous le coup de la même critique. Les églises ont condamné ce nouveau mode de transport parce qu’il incitait les gens à s’extraire de leur environnement proche et à s’exposer aux dangers du monde extérieur : la promiscuité des cinémas par exemple. Peu après, l’automobile a aussi essuyé des critiques sur le fait qu’elle augmentait la distance sociale et promouvait une culture de la vitesse. A peu près au même moment, on se posait des questions similaires sur une autre technologie émergente, le téléphone : le téléphone rend-il les hommes plus actifs ou plus paresseux ? Le téléphone met-il fin à la vie domestique et la vieille pratique consistant à rendre visite à ses amis ? Telles étaient les questions qu’on se posait à l’époque.

Bien que les comparaisons historiques soient importantes pour contextualiser notre réaction culturelle aux technologies émergentes, il y a quelque chose d’unique dans nos outils numériques, en particulier dans les smartphones. Ces technologies semblent faire force de preuve pour ceux qui veulent nous déconnecter de la technologie. Comme Sherry Turkle l’avance dans son livre Alone Together, la connexion à nos outils entraine notre déconnexion à quelque chose d’autre, à quelqu’un d’autre, à un autre lieu. Cet écran “toujours allumé et toujours sur nous”, selon les termes de Turkle, est une fenêtre qui nous aspire vers un ailleurs.
Néanmoins, utiliser la déconnexion comme une raison de déconnecter simplifie singulièrement les usages complexes que nous faisons de ces technologies, explique Farman. Car nos outils mobiles peuvent aussi nous permettre d’approfondir notre connexion aux gens et aux lieux. Et Jason Farman donne des exemples d’usages ou d’applications qui font du téléphone mobile un moyen de connexion à son environnement le plus proche : l’importance du texto dans les groupes adolescents, des applications pour Smartphone agrègent et rendent disponibles l’histoire des lieux dans lesquels nous vivons, etc.

Conclusion de Farman, les défenseurs du shabbat numérique ont raison sur le constat – transformation du quotidien, perturbation des normes sociales, par l’intrusion dans nos vies des outils mobiles. Ils ont évidemment raison sur la distance qu’il faut entretenir à ces objets. Mais en les associant nécessairement à une incapacité à la vraie connexion, ils ratent la grande variété de nos usages, et le possible développement, grâce à ces outils, de relations profondes et vraies avec notre environnement.

Xavier de la Porte
Xavier de la Porte, producteur de l’émission Place de la Toile sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.
L’émission du 11 février 2012 était consacrée aux frontières de l’internet avec Bertrand de La Chapelle, diplomate, ambassadeur thématique pour la gouvernance internet de 2006 à 2010, directeur des programmes de l’Académie diplomatique internationale, membre du board des directeurs de l’ICANN, organisme américain qui gère les noms de domaine, un des principaux organes de gouvernance de l’Internet. Quel est le pouvoir des Etats sur l’internet ? Est-ce qu’il y a une diplomatie de l’internet ? En quoi elle consiste ? Avec quels acteurs ?

2011/07/04

Le déclin du pseudonyme

La lecture de la semaine nous vient du magazine en ligne Salon, et elle est de circonstances. Elle s’intitule “Le déclin du pseudonyme” et on la doit à Carmela Ciuraru (blog), qui est critique littéraire et vient de publier une histoire du pseudonyme. L’article, tout en se concentrant sur l’usage du pseudonyme en littérature, offre des perspectives intéressantes pour comprendre les raisons de sa force dans les réseaux.




Nomdeplume “A son niveau le plus basique, un pseudonyme est une sorte de farce. Pourtant, les mobiles qui poussent les auteurs à en adopter un sont infiniment complexes, parfois mystérieux pour eux-mêmes. Les noms sont chargés, pleins de pièges et de possibles, et peuvent faire obstacle à l’écriture. Virginia Woolf, qui n’a jamais pris de nom de plume, a dit un jour la condition fondamentale de l’auteur, condition qui rend fou : “Ne jamais être soi-même, et pourtant l’être toujours, c’est le problème.” Un changement de nom, comme un changement de paysage, peut donner l’occasion d’un nouveau départ.

Dans une certaine mesure, explique Carmela Ciuraru, toute écriture suppose impersonnalisation – la convocation d’un “Je” d’autorité pour fabriquer le locuteur d’un poème ou les personnages d’un roman. L’audacieux poète Walt Withman arrivait à explorer d’autres voix simplement en tant que lui-même. Il embrassait ses multiples possibles. Mais d’autres écrivains ne sont pas capables d’une telle alchimie, ou ne la désirent pas, sans le recours à un alter ego. Si le “Je” qui s’exprime est une construction, jamais intégralement authentique quel que soit le degré d’autobiographie du texte, le recours au pseudonyme permet d’élever cette notion à un autre niveau, en inventant la construction de la construction. Comme l’a écrit Joyce Carol Oates en 1987 dans le New York Times, “La culture d’un pseudonyme peut être comprise comme une sorte de culture in vivo d’une voix narrative qui sous-tend tout travail sur les mots, en le rendant unique et inimitable.”

La fusion d’un auteur et d’un alter ego est une chose imprévisible, selon Carmela Ciuraru. Cela peut devenir comme un mariage, un partenariat fidèle et robuste, ou se révéler une histoire d’amour courte et enivrante. Néanmoins, l’attirance est évidente et indéniable. Entrer dans un nouveau corps ressortit à l’élan érotique. Historiquement, beaucoup d’auteurs étaient des étrangers, vivaient seuls : habiter un autre être leur offrait une intimité qu’ils n’auraient obtenue autrement. En l’absence d’un compagnonnage dans la vie réelle, l’entité pseudonymique peut servir de confidente, de gardienne des secrets, et de bouclier protecteur.

Dans son livre important The Inner Game of Tennis, publié en 1974, Thimoty Gallwey (site) a appliqué la notion de dédoublement au joueur de tennis, en décrivant comment chaque entité entrave ou favorise la performance. Ce qu’il fournit c’est une sorte de guide pour s’améliorer au tennis, mais sans conseil technique. Il se concentre sur ce qu’il décrit comme les deux arènes de l’engagement : le Moi 1 et le Moi 2. Et Carmela Ciuraru de noter que quand le livre est sorti en 1974, des milliers de gens ont écrit à l’auteur qu’ils avaient appliqué avec succès ses préceptes à bien d’autres choses que le tennis, à l’écriture par exemple. Voici comment Gallwey, qui avait été diplômé de Harvard en littérature, décrit le Moi 1 : il est celui qui parle, le critique, la voix qui surveille, il fait montre de son obstination et son inventivité à barrer la route. Le Moi 1 vous admoneste, il vous considère comme une erreur incorrigible. Mais le Moi 2, lui ne juge pas, il représente la libération dans sa forme la plus pure, il pousse à l’action, il est capable de toute la gamme des sentiments, il peut se révéler extrêmement prolifique. On voit bien ce que, dans le contexte littéraire, le potentiel libérateur d’un Moi numéro 2 peut apporter. Un pseudonyme peut donner à un écrivain la distance nécessaire pour parler avec honnêteté, mais il peut tout aussi bien lui donner la permission de mentir. Tout est possible. Et l’auteur de donner plusieurs exemples sur lesquels je suis obligé de passer, pour en arriver directement aux derniers paragraphes.

Au milieu du 19e siècle, explique Carmela Ciuraru, ce curieux phénomène du pseudonymat a atteint son plus haut niveau, et comme depuis le milieu du 16e siècle, il était habituel pour un texte d’être publié sans nom d’auteur. Il est intéressant que le déclin du pseudonyme au 20e siècle coïncide avec la généralisation de la télévision et du cinéma. Les gens ayant eu accès à la vie des autres, il est devenu plus compliqué de préserver une vie privée – et peut-être moins désirable. Dans la culture contemporaine, aucune information paraît trop personnelle pour être partagée (ou appropriée). La téléréalité a accru notre appétence à “connaître” les gens célèbres, et les auteurs eux-mêmes ne sont pas immunisés contre les pressions de la promotion personnelle et la révélation d’eux-mêmes ; nous vivons à une époque où, comme le biographe Nigel Hamilton l’a écrit “l’identité propre d’un individu est devenue le centre de beaucoup de discussions.”

Ce n’est pas complètement nouveau, mais avec l’explosion des technologies numériques, poursuit l’auteure, les choses sont entrées dans une spirale incontrôlable. S’exprime bruyamment le désir qu’ont les fans d’interagir, en ligne et personnellement, avec leurs auteurs préférés, dont on attend en retour qu’ils bloguent, qu’ils signent des autographes, qu’ils posent avec l’air joyeux pour les photographes et les événements promotionnels. En même temps que leurs livres, les auteurs eux-mêmes sont vendus comme des produits. Même si la pratique du pseudonymat reste importante, elle a perdu son allure d’antan, et se cantonne à des genres comme le polar et la littérature érotique. Aujourd’hui, user d’un nom de plume est une entreprise qui relève moins du jeu et de la création que du marketing.
Xavier de la Porte
Xavier de la Porte, producteur de l’émission Place de la Toile sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.
L’émission du 3 juillet 2011 était consacrée à la question de l’anonymat sur internet avec Jean-Marc Manach, journaliste à Owni.fr, animateur du blog Bug Brother sur lemonde.fr et auteur de La vie privée, un problème de “vieux cons” ? et Fabrice Mattatia, Responsable d’investissements numériques à la Caisse des dépôts, a été conseiller au cabinet de la secrétaire d’Etat à l’économie numérique et s’est occupé du projet de carte d’identité numérique INES au ministère de l’Intérieur.
L’émission était également consacrée aux Flops technologiques, avec Nicolas Nova, chercheur, enseignant et consultant au Lift Lab et auteur du livre éponyme qui vient de paraître chez FYP éditions.

2011/05/23

Chat vidéo : le futur n’est pas encore tout à fait là…

La lecture de la semaine nous provident de nos amis transhumanistes américains de Sinuglarity Hub, sous la plume de Keith Kleiner. L’article s’intitule “Pourquoi ne chattons-nous pas plus souvent en vidéo ?”.



Un des lieux communs les plus courants des films ou des livres d’anticipation a toujours été la communication téléphonique vidéo ou holographique. De Retour vers le futur à Star Trek, ça a toujours été la manière dont on envisageait l’avenir de la conversation à distance. Pourquoi ne le faisons-nous pas plus aujourd’hui ? se demande Keith Kleiner.

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Image : le chat vidéo dans Star Trek via TrekMovie.

Si on nous avait dit il y a dix ans qu’en 2011, tout le monde aurait une webcam dans son salon ou dans sa poche, et que le coût de la communication vidéo s’approcherait de zéro, combien d’entre nous auraient prédit que les gens n’allaient quasiment pas l’utiliser ? Pas moi, en tout cas, dit Keith Kleiner, et pourtant, c’est bien ce qui se passe. Une récente étude du Centre de recherche Pew montre à quel point le chat vidéo est peu utilisé par les Américains. 4 sur 5 n’ont jamais essayé la discussion via une webcam, et 9 sur 10 ne l’ont pas essayé sur leur téléphone. Pourtant, les webcams sont partout, ajoute Keith Kleiner. Dans le moindre ordinateur, dans le moindre smartphone. Et puis, continue l’auteur, dans une journée j’envoie des dizaines de mails, je passe des dizaines de coups de fil, alors que j’utilise la caméra peut-être deux fois par semaine. Pourquoi ça ? Pourquoi les futurologues se sont-ils trompés ? Les gens préfèrent-ils vraiment converser sans se voir ? Est-ce que la conversation écrite ou vocale est plus adéquate à l’interaction humaine ? Ou est-ce qu’il y a une explication sous-jacente ?

Il y a là question de la qualité de l’image, dit Keiner, qui pourrait dissuader d’utiliser la vidéo. Mais on passe notre temps à regarder des vidéos de mauvaise qualité sur internet, et puis, la qualité du son sur les lignes téléphoniques américaines est manifestement très mauvaise et ne dissuade personne d’appeler.
Beaucoup de gens accusent la commodité de l’usage. C’est compliqué à mettre en place une conversation en vidéo phone. Mais est-ce vraiment le cas ? demande Keiner. Lui explique avoir sur son chat Gmail une fenêtre qui lui montre qui de ses relations est joignable par vidéo. Il lui suffit d’un clic pour commencer un chat en vidéo. Et pourtant, il ne le fait pas. L’argument de la commodité n’est pas le bon.

Pour lui, le vrai coupable se cache dans les complexités sous-estimées de l’interaction sociale entre êtres humains. Quand on entame un chat par écrit ou un coup de fil, on ne s’inquiète d’interrompre son interlocuteur, car il y a de grandes chances qu’il puisse répondre : que l’on soit en voiture, en train de cuisiner, de se détendre dans sa salle de bain ou même de parler à quelqu’un d’autre, la plupart d’entre nous ne rechignent pas à entamer un chat ou un coup de fil. Ajouter la vidéo et tout cela change. En ajoutant la vidéo, on demande aux gens de nous laisser les voir, et il est requis de nous plus d’attention. L’interlocuteur ne peut plus conduire, ou se détendre dans sa salle de bain. Il ne peut pas interagir discrètement avec vous tout en continuant à parler à quelqu’un d’autre, à lire un magazine… Ajouter la vidéo change complètement la dynamique sociale, et pas forcément dans le sens voulu.

Une autre barrière est que la plupart du temps, nous ne voulons pas avoir une longue conversation. Le chat vidéo envoie un signal social à la personne, ce signal disant que nous voulons avoir avec elle une “vraie” conversation. Quand ce qu’on veut, c’est juste savoir à quelle heure est la fête ce soir, ou où sont les clés, on ne va pas se lancer dans une conversation vidéo et risquer qu’elle traîne en longueur. Dans ce cas, le chat écrit ou la voix sont plus adéquats. “Et même, explique l’auteur, il m’arrive souvent d’appeler quelqu’un en espérant qu’il ne réponde pas, pour simplement lui laisser un message et lui donner seulement l’information nécessaire. Avec les chats vidéos tels qu’ils fonctionnent aujourd’hui, il n’est pas possible de laisser un message vidéo, ils sont donc inadaptés à l’échange court et strictement informationnel”.
L’avenir de la conversation longue distance exclut-il donc la vidéo ? demande Keith Klainer. Ou alors les futurologues avaient raison et on va s’y mettre un jour ?

Pour lui, le chat vidéo n’est qu’un outil dans l’arsenal des outils de communication que nous avons à notre disposition. Le mail, le chat vocal, le chat écrit, les pokes et les statuts Facebook, les tweets et les chats vidéos appartiennent tous à cet arsenal. Chacun de ces outils est utile dans différentes circonstances, en fonction de la longueur que l’on veut accorder à la conversation, du nombre de gens à qui l’on veut s’adresser et du type de personne avec lequel on veut s’entretenir. Le chat vidéo n’est pas l’outil dominant, mais il offre une expérience impressionnante que trop de gens négligent. “Je l’utilise souvent, dit Kleiner pour discuter avec des collègues qui sont loin. Avant, on faisait ça au téléphone, le fait d’ajouter l’image donne plus d’émotion et de sens à ces conversations”. Quand il s’agit de s’entretenir avec des gens qu’on ne voit pas souvent, la vidéo devient un outil inestimable pour nourrir et renforcer des relations personnelles et professionnelles à distance. Ce sera peut-être ça son usage, selon Kleiner.
Si les chiffres sont encore faibles, ils montrent que l’usage de cet outil futuriste est en train de croître. Selon la même étude menée par Pew, l’usage du vidéo chat a doublé aux Etats-Unis entre 2009 et 2010. “Je ne serais pas surpris que ces chiffres continuent d’augmenter dans les prochaines années”, conclut Kleiner.

Xavier de la Porte
Xavier de la Porte, producteur de l’émission Place de la Toile sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.
L’émission du 22 mai était consacrée à André Gunthert (blog), chercheur en histoire visuelle, directeur du Laboratoire d’histoire visuelle contemporaine (Lhivic) et qui dirige également Culture Visuelle, un média d’enseignement et de recherche sur les cultures visuelles.

2011/05/16

Comment nous arrive l’information? Prendre la mesure des liens faibles

La lecture de la semaine, il s’agit – ça faisait longtemps -, de l’éditorial de Clive Thompson dans le magazine américain Wired. Il lance quelques pistes de réflexion pas inintéressantes au sujet une question souvent posée sur les réseaux : comment nous arrive l’information ? Le titre de son papier Buddy System, “le système pote”.



“Un des grands dangers d’Internet, commence Thompson, est ce phénomène très commenté qu’on appelle l’effet “chambre d’écho”. Les gens, s’inquiète-t-on, sont trop souvent en contact avec de gens qui leur ressemblent (phénomène qu’on appelle l’homophilie) et ne rencontrent donc que des informations et des opinions qui renforcent leur avis préalables. Et ça, sans aucun doute, c’est mauvais pour la société, n’est-ce pas ? Si nous voulons être des citoyens responsables – ou des travailleurs créatifs, ou même des interlocuteurs intéressants – nous nous devons d’être régulièrement exposés à des faits nouveaux et des opinions diverses.

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Image : La différence entre liens faibles et liens forts illustrée par Joshua Porter.

Et si, demande Thompson, l’homophilie ne diminuait pas toujours la diversité de notre régime informatif ? Et si l’homophilie pouvait même améliorer cette diversité ? Cette hypothèse surprenante provient d’une étude récente dirigée par des économistes de l’information Sinan Aral et Marshall Van Alstyne. Dans un papier qui sera publié cet été, ils notent que notre perception négative de l’homophilie repose en partie sur les études comme celle, fameuse, que mena Mark Granovetter en 1973 sur les “liens faibles” (.pdf). Granovetter avait demandé à des centaines de gens comment ils avaient trouvé leur dernier emploi et avait découvert que c’était grâce à une tierce personne, une personne qui la plupart du temps était un contact “faible”, quelqu’un d’éloigné. Cela, concluait Granovetter, montre que les liens faibles sont les plus à même de nous apporter des informations nouvelles et des opportunités. Vos amis les plus proches vous ressemblent trop, dit la théorie, vous avez donc de grandes chances de savoir déjà ce qu’ils disent. Quelqu’un avec peu d’amis proches, mais un grand cercle de relations occasionnelles a plus de chances de réussir. Mais Aral et Van Alstyne pensent que ce raisonnement – qui a dominé pendant des décennies – a un grand défaut : il ne tient pas compte de la fréquence à laquelle on parle aux gens.

Leur argument est le suivant, explique Thompson : bien sûr, les liens faibles sont en meilleure position pour nous apporter des informations nouvelles. Mais ils ne le font pas souvent, parce qu’on n’interagit pas avec eux très fréquemment. Une personne relevant du lien faible aura, mettons, cinq fois plus de chance qu’un ami proche de vous surprendre dans une conversation. Mais si vous parlez 10 fois plus souvent avec cet ami proche, les chances qu’il devienne une source valable d’information dépassent soudainement celles du lien faible. En d’autres mots, reprend Thompson, “la bande passante importe”. De plus, vos amis les plus proches ont un avantage du point de vue du capital social : ils savent ce qui a le plus de chance d’être nouveau pour vous et comment formuler les choses pour que vous les écoutiez.
Pour évaluer l’avantage relatif des liens forts, Aral et Van Alstyne ont analysé pendant 10 mois les emails d’une société de recrutement de cadres. Les recruteurs, ont-ils reconnu, prospèrent s’ils sont alimentés par un flux régulier de nouveaux dirigeants, un flux provenant à la fois de collègues à l’intérieur de l’entreprise, et de contacts extérieurs. Les chercheurs ont appliqué au texte de chaque mail un niveau de nouveauté, niveau évalué en fonction de paramètres dont je vous passe les détails. Et de manière très certaine, ils ont découvert que les recruteurs qui étaient reliés à un réseau resserré de contacts relevant de l’homophilie recevaient plus d’informations nouvelles par unité de temps. Soit, comme Van Asltyne le dit lui-même : “Avoir un petit nombre de relations très fréquentes peut être bon pour vous”. Pour autant, il ne s’agit pas de dire que les relations très fréquentes sont forcément supérieures, ajoute Van Alstyne. Il y a des situations dans lesquelles les liens faibles sont plus utiles (pour suivre les relations internationales par exemple). Pour être un citoyen vraiment bien informé, la meilleure méthode est sans doute de cultiver des amitiés très proches provenant de différents milieux – vous bénéficierez alors à la fois de la diversité et du surprenant pouvoir des liens forts.
De toute façon, conclut Thompson, peut-être ne devriez pas vous inquiéter d’avoir autant d’amis qui vous ressemblent. “Ils peuvent encore vous surprendre”.

Voilà pour ce papier ce Clive Thompson qui encore fois nous rassure quant à l’endogamie de notre vie sociale, à la fois en ligne et hors ligne (je rappelle que la chercheuse Stefana Boradbent avait montré que même si nous avions beaucoup d’amis sur les réseaux, nous interagissions la plus grande partie du temps avec les 5 mêmes – dans Place de la Toile et sur InternetActu).
Xavier de la Porte
Xavier de la Porte, producteur de l’émission Place de la Toile sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.
L’émission du 15 mai était consacrée à la piraterie et au capitalisme en compagnie de Rodolphe Durand, professeur à HEC Paris et coauteur avec Jean-Philippe Vergne de L’organisation pirate, essai sur l’évolution du capitalisme ainsi qu’aux sites de rencontres avec Marie Bergstrom doctorante à l’Observatoire sociologique du changement et auteur d’un article intitulé “La toile des sites de rencontre en France, topographie d’un nouvel espace social en ligne” dans le numéro d’avril-mai de la revue Réseaux.

2011/05/02

Typographie et attention : vive le Comic Sans MS Bold !

La lecture de la semaine, il s’agit d’un article paru dans le New York Times le 18 avril dernier, on le doit à Benedict Carey.



L’article commence par une question piège : est-il plus facile de se souvenir d’un fait nouveau quand on le lit dans une police normale ou quand il est écrit en gros caractères gras – comme ça ?
La réponse est : peu importe, la taille des caractères n’a aucun effet sur la mémoire, contrairement à ce qu’on pourrait penser. En revanche, la police, elle, a un effet.

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Image : Parmi toutes les polices de caractère, l’une d’entre elle la Comic Sans MS inventée par Vincent Connare pour la société Microsoft en 1995 a été la cible de nombreuses critiques de la part de typographes, tant et si bien qu’il existe un véritable mouvement en ligne pour bannir cette police de caractère.

Des recherches récentes, nous explique Benedict Carey, montrent que les gens retiennent beaucoup plus d’informations quand ils les lisent dans une police qui non seulement ne leur est pas familière, mais en plus n’est pas très facile à déchiffrer. Mais pour le démontrer, le journaliste fait un petit détour par le travail des sciences cognitives.
Les psychologues le savent depuis longtemps, rapporte-t-il, l’instinct est trompeur quand il s’agit d’évaluer notre qualité d’apprentissage. Ce qu’on ressent pendant une séance de travail n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’on va en retenir : des concepts qui semblent parfaitement clairs deviennent très confus quand il s’agit de les restituer, alors que d’autres, difficiles à appréhender pendant l’apprentissage, sont aisément mobilisables au moment opportun. Ces dernières années, les chercheurs ont commencé à éclairer les raisons de ce fonctionnement et, dans certains cas, à trouver des moyens de le corriger.

Les études citées par Benedict Carey montrent, en gros, que nous faisons trop confiance à nos capacités d’apprentissage. Et que cet excès de confiance se développe en raison de la tendance naturelle de notre cerveau à trouver des raccourcis – et souvent en le faisant trop vite pour se souvenir de ce qu’il utilise : ce ne sont que des raccourcis ! Je passe sur les détails, vous les retrouverez dans l’article en langue original si cela vous intéresse. J’en viens à ce qui nous intéresse ici. Car des recherches montrent que des éléments extérieurs peuvent aussi créer un sentiment de fausse sécurité. La fluidité par exemple, l’impression que ça va tout seul. Une étude publiée cette année dans la revue Psychological Science, étude dirigée par le Docteur Kornell, montre la force que peut avoir cet effet. Les participants ont étudié une liste de mots imprimés dans des polices de tailles différentes et devaient évaluer lesquels ils retiendraient mieux. Bien sûr, les sujets étaient plus confiants quand il s’agissait de mots écrits en gros caractères. Les résultats furent parfaitement inverses. L’étude a montré que la taille des caractères ne joue en rien. Et il en va de même avec la plupart des types d’apprentissage : la difficulté durcit le muscle cérébral, alors que la facilité ne durcit que la confiance. Et un groupe de chercheur l’a montré de façon éclatante, en utilisant non plus la talle des caractères, mais le type de police.

Une étude récente publiée dans la revue Cognition (.pdf), des psychologues des universités de Princeton et de l’Indiana ont donné à lire à 28 sujets, hommes et femmes, un texte décrivant trois espèces d’aliens, chacune ayant sept caractéristiques, du type “a les yeux bleus ” “mange des pétales de fleurs et du pollen”. La moitié des participants ont étudié le texte en Arial, taille 16, l’autre moitié en Comic Sans taille 12 ou en Bodoni MT taille 12, deux polices qui sont moins familières et plus compliquées à assimiler pour le cerveau. Après une petite pause, les participants subissaient un test. Ceux qui ont été confrontés aux polices les moins faciles ont eu des résultats bien meilleurs que les autres. L’étude a même été élargie à 222 élèves d’une école publique de l’Ohio. Un groupe recevait des documents (des cours d’anglais, de sciences, d’histoire) dans une police inhabituelle le Monotype Corsiva. Les autres dans la police habituelle. Les tests menés après coup ont montré, comme précédemment, que les élèves ayant étudié dans la police rare avaient de bien meilleurs résultats que les autres. Particulièrement en physique.

“La raison pour laquelle les polices inhabituelles sont efficaces est parce qu’elles nous obligent à penser plus profondément à ce que nous lisons” explique Daniel Oppenheimer, coauteur de cette étude. “Changer la police d’un texte et en trouver une qui soit plus difficile à lire vous forcera à être plus attentif.”
Voici pour cet article du New York Times qui est intéressant parce que contre-intuitif. Néanmoins, si on élargit un peu son propos, il n’est qu’une reformulation par les sciences cognitives de la vieille formule : “c’est en souffrant qu’on apprend”.

Xavier de la Porte
Xavier de la Porte, producteur de l’émission Place de la Toile sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.
L’émission du 1er mai était consacrée à la mise en place – contestée – du Conseil national du numérique avec Jeanne Tadeusz, responsable des affaires publiques de l’April (Association pour promouvoir et défendre le logiciel libre) qui s’est inquiétée de la création du CNN. L’émission s’intéressait également à la Culture Geek avec Samuel Archibald, professeur au département d’études littéraires de l’université du Québec à Montréal auteur notamment d’une “Epitre aux Geeks” ; Denis Colombi, agrégé de sciences sociales, professeur de sciences économiques et sociales, doctorant en sociologie et auteur d’un blog intitulé Une heure de peine sur lequel il a publié “Aux sources de la culture geek” et Sabine Blanc, journaliste à Owni. Et enfin à l’histoire de l’arobase, avec Sébastien Roussel, journaliste et administrateur du site arobase.org.

2011/03/14

Technologies et prostitution

La lecture de la semaine, il s’agit d’un article paru dans le numéro de février du magazine américain Wired. On le doit à Sudir Venkatesh, professeur de sociologie de l’université de Columbia, New York. Et l’article s’intitule : “Comment les technologies ont transformé la prostitution à New York ?”. Si cette question rejoint les questions qu’on se pose aujourd’hui, c’est parce qu’il en va d’abord de “la forme d’une ville”, comme dirait Baudelaire.




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Image : Evolution de la prostitution à New York entre 1991 et 2010 via Wired.

Venkatesh raconte dans son papier qu’il a commencé par s’intéresser aux effets qu’avaient sur la prostitution les efforts qui étaient fournis par les autorités locales pour ramener dans le centre de la ville les classes moyennes aisées, qui l’avaient largement désertée depuis des décennies. C’était en 1999. Sa question était : qu’advient-il des prostituées quand la gentrification les empêche de travailler dans la rue ? Son hypothèse était que la prostitution n’allait pas disparaître, mais qu’elle allait se transformer, et qu’il allait documenter l’apparition d’un nouveau marché du sexe en intérieur, dans lequel les filles des rues allaient laisser place à des professionnelles.

De fait, Venkatesh raconte avoir assisté à une transformation de la prostitution. Les prostituées de la rue ont laissé la place à des escort girls ou des hôtesses de salon de massage. Cela a eu pour effet de rendre le sexe tarifé plus cher, mais aussi, écrit-il avec quelques précautions, de le rendre plus respectable.
Et, ajoute Venkatesh, la technologie a joué un rôle fondamental dans ce changement. Aucun bourgeois respectable ne va trouver une fille en baissant la fenêtre de sa voiture et en la sifflant à un feu rouge. L’internet et les téléphones mobiles ont permis à ces travailleuses du sexe de professionnaliser leur pratique. Aujourd’hui, explique Venkatesh, elles peuvent contrôler leur image, fixer leurs prix, et éliminer les maquereaux, maquerelles et autres intermédiaires avec lesquels elles partageaient jadis leurs revenus. Mais, tout aussi intéressante, cette évolution a changé la provenance sociologique de ces prostitués du centre de New York. A mesure que le métier est devenu moins risqué et plus lucratif, explique encore Venkatesh, il a attiré des femmes de la classe moyenne à la recherche d’argent rapidement acquis et non imposable.

Avant de proposer quelques chiffres montrant comment cette nouvelle prostitution se distingue de l’ancienne, Venkatesh garantit le sérieux de sa méthode et tempère les bouleversements : “[mes travaux], prévient-il, montrent aussi que certaines choses n’ont pas changé : même si elles ne travaillent plus dans la rue, ces femmes le cachent à leur famille et subissent des viols.”
Dans les détails de cette étude, et en ce qui concerne particulièrement les technologies, on relève quelques faits intéressants.

Sur la manière dont les prostituées trouvent leur client, l’évolution est très nette, même dans les toutes dernières années. En 2003, 40 % des clients leur venaient des agences d’escorts. Ces agences, si elles sont prisées des hommes, parce qu’elles les rassurent et qu’elles leur fournissent de faux reçus qui permettent de justifier la dépense, ne sont pas appréciées des prostituées parce qu’elles prélèvent une part de leur revenu, c’est évident, mais aussi parce qu’elles ne garantissent pas pour autant plus de sécurité. Donc, si en 2003, 40% des clients provenaient des agences, cette part est tombée à 31 % en 2008. En 2003, les clubs de strip-tease apportaient un quart des clients, 5 ans plus tard, ce chiffre est tombé à 10 %. Et cette baisse concerne toutes les autres sources : les relations personnelles, les bars, les clubs, etc.

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Au profit de quoi, vous demandez-vous ? Eh bien de Facebook ! N’existant pas en 2003, Facebook représente, en 2008, un quart de l’apport en client. 83 % des prostituées interrogées par Venkatesh en 2008 ont un profil Facebook. Ce qui lui laisse penser que d’ici la fin 2011, Facebook deviendra la première source de recrutement de clients.
L’étude du sociologue de Columbia montre aussi que le web permet de contourner certaines difficultés du métier. Par exemple cette question des agences dont j’ai parlé plus haut. Comme les agences d’escorts rassurent les clients, beaucoup de prostituées créent sur l’internet une fausse agence avec des photos récupérées à droite et à gauche et y intègrent leur profil. Elles donnent l’impression au client d’appartenir à une structure, ça le rassure.
Ensuite, les technologies, ce sont aussi des objets et elles ont leur part dans le côté pratique du métier. Par exemple, les prostituées interrogées expliquent à Venkatesh qu’elles ont toujours deux téléphones mobiles sur elles. Il leur arrive souvent de s’en faire voler par un client qui cherche ainsi à affirmer son pouvoir et sa volonté de contrôle. Mais, sur aucun des deux téléphones, elles ne laissent la trace d’un contact. Ils doivent être vierges de toute information.

Autre détail intéressant : quel type de téléphone ces nouvelles prostituées ont-elles sur elles ? Le iPhone ne remporte que 20 % des parts de marché. La grande majorité, 70%, ce sont des Blackberries. Comment expliquer cette domination du Blackberry dans la population des prostituées du centre de NY ?
Parmi les actes ou objets qui font monter les prix d’une prostituée, ont expliqué ces femmes au sociologue, il y a des choses qu’on peut deviner (la blondeur, la taille des seins…) mais aussi, et c’est plus étonnant, la possession d’un BlackBerry. Symbolisant aux Etats–Unis la vie professionnelle, le BlackBerry rassure le client, lui laissant penser que la prostituée ne se drogue pas, et n’est pas malade. Une raison suffisante pour augmenter le tarif.
Xavier de la Porte
Xavier de la Porte, producteur de l’émission Place de la Toile sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.
L’émission du 12 mars était consacrée à “l’internet et la géographie : les imaginaires de l’espace”, en compagnie de Henri Desbois, maître de conférences en géographie à l’université Paris-X Nanterre, membre de l’équipe Réseaux, Savoirs & Territoires de l’Ecole nationale supérieure, auteur notamment de “Quand les cartes se numérisent” pour la revue Sciences Humaines.

2011/01/10

Du bavardage à la réflexion profonde

La lecture de la semaine, pour poursuivre en ce début d’année une tradition bien établie, c’est l’édito de Clive Thompson dans Wired, mais il est encore bon, qu’est-ce que vous voulez de plus ? Ce mois-ci, il s’intitule : “Comment les tweets et les textos nourrissent l’analyse en profondeur”.




On dit souvent, commence Thompson, que l’internet a détruit la patience nécessaire aux gens pour les échanges longs et fouillés (Cf. le fameux “Est-ce que Google nous rend idiot ?”). La forme de discussion contemporaine ne consisterait qu’en textos, tweets et autres mises à jour de statuts. Et la popularité de ces déversoirs d’énoncés adolescents signifierait que nous avons perdu notre appétence à la contemplation lente et raisonnée.

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Image : Ma vie de Tweets, 2007-2009, volume I par James Bridle qui anime notamment BookTwo, une réflexion sur l’avenir du livre. Un livre qui rassemble tous les tweets de l’auteur sur 2 ans : les formes courtes pour promouvoir une réflexion longue ?


Mais tout ceci est-il vrai ? se demande Thompson.
Je n’en suis pas certain, poursuit-il. Je pense que ce qui a lieu est beaucoup plus complexe, et beaucoup plus intéressant. Ce torrent de pensées à court terme est en fait un catalyseur pour une méditation à plus long terme.
Quand il se passe aujourd’hui quelque chose d’important dans le monde, on est assailli par une tempête de mises à jour de statut. Ce ne sont que des instantanés, ils sont souvent imprécis, fruits de la rumeur, et pas forcément vrais. Mais ça n’est pas grave ; ce n’est pas leur vocation que d’être exprimés avec prudence. La société ne fait que remâcher l’événement, ne donnant qu’une rapide impression du sens qu’il pourrait avoir.
Le temps long, c’est l’exact opposé : il s’agit d’une analyse en profondeur, qui peut prendre des semaines, des mois ou des années à produire. Auparavant, seuls les médias traditionnels, comme les magazines, les documentaires ou les livres, donnaient cette vision à long terme. Mais aujourd’hui, la plupart des analyses en profondeur que je lis, dit Thompson, proviennent des chercheurs ou d’entrepreneurs qui tiennent des blogs : les fans de Dexter qui font de longues exégèses de la série et ou des associations à but non lucratif comme le Pew Charitable Trusts qui produit des rapports très fouillés sur la vie des Américains.


Le temps long prospère aussi avec la Longue Traîne. Alors qu’un tweet devient obsolète en quelques minutes, une vision à long terme peut garder de la valeur pendant des années. Dans les années 90, les articles que je publiais dans les magazines, dit Thompson, s’évaporaient quand le numéro disparaissait des kiosques. Mais maintenant que ces articles sont en ligne, les lecteurs m’envoient chaque semaine des mails me disant qu’ils sont tombés sur l’un d’entre eux datant de plusieurs années.
Ce qui est perdant ici, c’est le moyen terme. C’est ce que, historiquement, apportaient les hebdomadaires comme Time ou Newsweek : des reportages ou des articles produits quelques jours après un événement majeur, avec un peu d’analyse saupoudrée sur le dessus. Ils ne sont pas assez rapides pour être conversationnels, et pas assez lents pour à être vraiment profonds. L’internet a essentiellement démontré à quel point ce type de pensée était peu satisfaisant.
Cette tendance a d’ores et déjà changé la manière dont on blogue. Il y a dix ans, mes blogueurs préférés, explique Thompson, écrivaient dans ce moyen terme – un lien avec quelques phrases de commentaire – et ils faisaient quelques mises à jour chaque 24 heures. Depuis que Twitter est arrivé, ils bloguent moins souvent, mais avec des posts beaucoup plus longs, beaucoup plus fouillés. Pourquoi ?
“Je garde les petites choses pour Twitter et ne blogue que quand j’ai quelque chose de vraiment important à dire”, comme l’explique le blogueur Anil Dash. Il s’avère que les lecteurs préfèrent cela : une étude montre que les posts de blogs les plus populaires aujourd’hui sont les plus longs, 1 600 mots en moyenne (entre 8 et 9 000 signes).


Même nos outils de lecture se modifient pour s’accommoder à cette montée du long terme. Et Thompson de citer trois exemples : Readability, une application qui donne aux textes des sites internet la forme d’une colonne propre, sans publicité, au centre de l’écran – une forme parfaite pour une lecture sans distraction -, une application qui a eu tant de succès que Apple l’a implémentée dans la dernière version de Safari. Deuxième exemple donné par Thompson, l’Ipad : il a été critiqué comme un outil dédié à la seule consommation. Mais c’est là selon Thompson tout son intérêt : c’est un outil magnifique pour la lecture de ces formes longues. Dernier exemple, Instapaper, une application qui sert à mettre de côté du matériel en ligne pour une lecture ultérieure, une application qui a séduit un million d’utilisateurs sans aucune publicité.
Conclusion de Thompson : “Nous parlons beaucoup, certes. Mais nous plongeons aussi dans les profondeurs.”


Xavier de la Porte
Xavier de la Porte, producteur de l’émission Place de la Toile sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.
L’émission du 9 janvier était consacrée à une lecture des évènements numériques de l’année 2010 (Wikileaks, Facebook, l’iPad…) en compagnie de Milad Doueihi, historien du religieux dans l’Occident moderne et titulaire d’une chaire de recherche sur les cultures numériques à l’université Laval au Québec qui a publié La Grande Conversion numérique il y a deux ans et qui s’apprête à publier Pour un humanisme numérique aux éditions du Seuil.

2010/12/20

La sérendipité est-elle un mythe ?

La lecture de la semaine, il s’agit d’un article paru le 27 novembre dernier dans TechCrunch, sous la plume de Henry Nothaft, qui est le co-fondateur d’une entreprise qui développe un assistant personnel virtuel pour les contenus Web. Ce papier s’intitule “Le mythe de la sérendipité”.



Selon l’auteur, un des concepts les plus intéressants ayant émergé ces derniers temps dans les médias et les nouvelles technologies est celui de sérendipité. Voici comment il définit le terme de sérendipité : “le fait de montrer aux gens ce qu’ils n’étaient pas conscients de chercher”. Je me permets juste une incise : cette définition de la sérendipité est assez étrange. On aurait plutôt tendance à considérer la sérendipité comme un effet du hasard : je cherche quelque chose et, par hasard, je tombe sur autre chose qui m’intéresse aussi (Wikipédia). Or pour l’auteur, la sérendipité est quelque chose de provoqué, d’organisé.
serendipity


Image : pour Google, Serendipity est un film, une romance de 2001 signée Peter Chelsom avec Kate Beckinsale et John Cusack. Encore un hasard, pas nécessairement heureux.

L’auteur remarque l’utilisation tous azimuts de cette notion de sérendipité, tout le monde s’en réclamant. Google d’abord, et Faceboook ensuite. Avec un changement de paradigme important selon Nothaft : la recherche sous égide de Google répondait à notre attente de trouver le plus précisément ce que nous cherchions. Mais les algorithmes de pertinence sociale de Facebook nous amènent à la découverte de contenus plus personnalisés, une découverte fondée sur les relations humaines (les gens que nous connaissons et ce qu’ils sont en train de lire, regarder ou faire) : “Je dirais que nous sommes en train de voir notre principale interaction avec le web passer de la recherche à la découverte.” Une formule qui n’est pas inintéressante.
Pour en revenir à la notion de sérendipité, Nothaft reprend une définition donnée par Jeff Jarvis qui la réduit à une “pertinence inattendue”. Tout le problème étant alors, pour celui qui veut organiser la sérendipité, de savoir évaluer cette pertinence.
L’auteur se propose de définir quatre constructions possible de la sérendipité – chacun ayant des pour et des contre.
  • La sérendipité éditoriale : c’est la forme la plus ancienne, le fait de combiner des articles que nous savons vouloir lire (l’actualité du jour) avec des articles inattendus (des portraits, des critiques gastronomiques…). En ce sens, tout journal ou agrégateur de contenu fonctionne ainsi. Le côté positif, c’est que le caractère humain de cette sérendipité éditoriale (le fait que ce soit quelqu’un qui décide des contenus et de leur organisation) produit, de fait, une flexibilité dans nos intérêts. Le côté négatif, c’est que cette sérendipité éditoriale est le fruit des intérêts de quelqu’un d’autre, ou au mieux, de la perception que se fait cette personne des intérêts de son public. Ce qui n’est pas toujours fiable. C’est ce qu’on voit dans les journaux.

  • La sérendipité sociale : La plus grande part des contenus que nous découvrons aujourd’hui nous provient de ce que notre réseau d’amitié virtuelle partage en ligne. Cette manière d’accéder à l’information par des voies sociales est tout à fait valable, non seulement pour rester à la page, mais parce que ce qui intéresse nos amis est censé nous intéresser. L’avantage de cette sérendipité sociale est que notre environnement social a toujours été le premier critère pour nous définir nous-mêmes et pour définir nos intérêts. L’inconvénient est que ce type de sérendipité étant par définition publique, elle est une projection de nous-mêmes vers les autres, elle est une image de la manière dont nous voudrions être perçus par les autres. Par ailleurs, le fait que ces réseaux ne regroupent que des gens dont a priori nous partageons les intérêts contredit le but de la sérendipité, qui est la surprise et le plaisir d’une découverte inattendue. Les exemples de cela, ce sont Facebook et Twitter.

  • La “sérendipité crowdsourcée” : Faisant le pont entre la sérendipité éditoriale et la sérendipité sociale, la pertinence obtenue par le crowdsourcing repose sur le plus grand dénominateur commun. Certes, elle nous permet d’être au courant de qui est le plus populaire ou ce dont on parle le plus, mais elle n’est en aucun cas personnalisée. L’aspect positif, c’est la composante virale, c’est la manière dont elle nous met en contact avec ce qui se dit dans la population. Son côté négatif, c’est son manque de précision et son utilité limitée.

  • La sérendipité algorithmique : A l’opposé de la sérendipité éditoriale, la sérendipité algorithmique est la plus dure à obtenir, mais la plus prometteuse en termes d’innovation. A partir d’une base de données, le contenu est personnalisé pour fournir l’information et le contenu qui sont recherchés, mais aussi d’autres contenus pertinents et reliés à nos intérêts, avec différents degrés de flexibilité qui sont définis par des informations données par l’utilisateur soit activement, soit passivement. Son avantage, c’est de replacer l’usager au centre de la définition de la pertinence. La livraison des contenus émane de l’usager, que ce soit consciemment ou à partir de comportements antérieurs. Son inconvénient, c’est le risque de perdre de vue l’aspect humain, quelle que soit la finesse de l’algorithme. Et pour l’instant, les algorithmes ne sont pas assez fins.
L’auteur conclut en dénonçant ce qu’il appelle le mythe du sweet spot (on pourrait traduire par le “bon endroit”). Pour lui, le défi qui est lancé à tout type de sérendipité, c’est l’idée qu’il y aurait un “bon endroit”. Bien sûr, il est possible d’affiner les intérêts des utilisateurs et trouver le point d’équilibre de la pertinence. Mais en aucun cas cet équilibre n’est stable ou définitif. Nos intérêts évoluent sans cesse, et en temps réel. Le contenu que je veux, et mieux encore, celui que je ne sais pas encore vouloir, sont une proposition en changement constant et qui dépend d’un grand nombre de facteurs. La pertinence dépendra de la prise en compte du contexte. L’impossibilité d’une compréhension complète de toutes les subtilités d’un contexte, qui en plus évolue dans le temps, rend impossible une sérendipité parfaitement pertinente. Reconnaître que la sérendipité est une cible mouvante est ce qui est le plus sûr pour espérer atteindre un instant fugace de pertinence.

Je trouve ce texte assez incroyable. Non par la taxinomie des sérendipités qu’il propose, qui est intéressante. Ce texte est incroyable, car il montre bien comment une idée, assez belle, assez poétique, peut être détournée. La sérendipité, cette idée de la trouvaille qui est le fruit du hasard, du détour, de l’erreur, la sérendipité a été réactivée par les premiers temps du web comme un élément de sa poésie et de la fascination qu’il pouvait exercer. Que cette sérendipité ne soit plus quelque chose qui échappe, mais au contraire quelque chose d’organisé, que des entreprises utilisent cette notion pour désigner, dans les faits, le résultat d’un profilage réussi est un retournement qui, je l’avoue, me déprime.
Xavier de la Porte
Xavier de la Porte, producteur de l’émission Place de la Toile sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.
L’émission du 19 décembre 2010 était consacrée à l’inconscient du web en présence de Yann Leroux, psychanalyste et blogueur.
Voir également : “A propos de la sérendipité”, par Rémi Sussan.